DOSSIER

FWB ET RÉGION WALLONNE JOUENT UN RÔLE CLÉ

L'aide publique, soutien indispensable pour le sport

Les politiques sportives dépendent aujourd'hui exclusivement où presque des soutiens publics. Une aide indispensable pour permettre aussi bien aux clubs, aux fédérations qu'aux communes d'accueillir les athlètes de tous les niveaux. Mais entre les différents organes, il n'est pas toujours simple d'y voir clair.
ARNAUD MARTIN

Sport

©ISTOCK

C'est un chantier qui est loin de passer inaperçu. Situé à seulement quelques mètres du quartier de Blocry à Louvainla- Neuve, le nouveau centre sportif de haut niveau sort enfin doucement de terre. Près de 10 ans après les premiers plans, le site qui accueillera les spécialistes de l'athlétisme sera normalement inauguré d'ici quelques mois. Financée via des subsides, l'infrastructure est l'un des projets sportifs actuels parmi les plus importants du pays. Un investissement impressionnant mais qui fait sens, selon Marc Jeanmoye, le directeur du complexe sportif de Blocry. « Nous ne disposions pas d'une telle infrastructure en Wallonie. Si l'on souhaite vraiment se donner les moyens dans le sport, cela semblait nécessaire d'en posséder une.  » Le centre permettra d'organiser des compétitions de taille moyenne, comme des championnats de Belgique. « Pour accueillir des événements plus importants encore, les sommes et les contraintes étaient tout autres. Et on constate que dans les pays voisins où ce genre de complexe existe, les infrastructures ont été dénaturées pour rentrer dans le budget. Des concerts et des gros événements y sont mis sur pied, ce que nous ne voulions pas  », explique le responsable. S'il a aujourd'hui le sourire en faisant le tour du chantier, les démarches ne furent pourtant pas des plus simples. « Cela s'explique notamment par le nombre d'acteurs concernés. Rien que pour la gestion du Blocry, il y a trois intervenants : l'Adeps, la ville et l'université. Chaque décision prend donc du temps  », se contente de sourire le directeur. D'abord prévu pour livraison en 2014, le centre ouvrira finalement en mars, si tout va bien. « C'est comme lorsqu'on construit une maison, on est toujours confronté à des imprévus. Mettre en place un tel projet était d'autant plus difficile que personne ou presque n'avait d'expertise dans un tel bâtiment puisqu'il s'agit d'une première  », explique encore Marc Jeanmoye.

Le projet a été financé grâce aux subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) via l'Adeps, en charge des politiques sportives. Avec ses 17 centres répartis sur tout le territoire, l'organisme public a notamment pour rôle de développer le sport au plus haut niveau. « Nous répartissons les disciplines entre nos différentes implantations. Nous avons d'ailleurs d'autres travaillons actuellement sur une nouvelle salle d'escalade à Loverval, un nouveau revêtement pour le tennis à Liège ou encore une salle pour la gymnastique sportive à Mons. Ce sont certes des projets moins coûteux que la création d'une piste d'athlétisme couverte mais, pour le sport de haut niveau, ce sont des investissements tout aussi nécessaires  », explique Alain Laitat, l'administrateur général de l'Adeps. Outre les centres de haut niveau, l'Adeps travaille également directement avec les meilleurs athlètes du pays. « Nous soutenons environ une cinquantaine d'entre eux, sous forme de contrat  », précise le responsable (lire également l'encadré « Alexandra Tondeur, triathlète subsidiée »). Mais l'organe de la FWB ne se limite évidemment pas qu'au soutien du sport de haut niveau. « Il s'agit en réalité d'une mission parmi de nombreuses autres. Nous sommes également en charge de la promotion du sport, de la formation des moniteurs mais aussi des soutiens aux fédérations. Actuellement, une soixantaine sont reconnues par l'Adeps et disposent d'une aide  », énumère Alan Laitat.

Valérie De Bue

« NOUS NOUS BASONS SUR TROIS CRITèRES PRINCIPAUX : LE DEGRé D'URGENCE, L'EXISTENCE D'OBJECTIFS DE DéVELOPPEMENT ET LE CARACTèRE STRUCTURANT DU PROJET. »

Valérie De Bue, ministre wallonne en charge des Infrastructures sportives © BELGAIMAGE

Soutiens multiples

Mais la complexité de notre royaume n'étant plus à démontrer, l'ensemble des moyens alloués par le service public ne sont pas gérés par un seul organisme. La Région wallonne, notamment, dispose également d'un rôle capital dans le développement du sport. Son activité est, elle, concentrée sur les infrastructures sportives. Avec un budget annuel d'environ 30 millions d'euros, elle apporte son appui à plus de 200 projets. « Le soutien varie en fonction de la taille du projet. Pour les infrastructures dont le montant est inférieur à 1,5 million d'euros, la Région prend en charge 60 % du budget. Au-dessus de ce montant, elle en gère 75 %. Il y a également d'autres interventions possibles pour des projets plus petits ou concernant du matériel, par exemple, détaille Valérie De Bue, la ministre régionale wallonne en charge de ce portefeuille. Face aux nombreu ses demandes, nous avons tenté de mettre en place une grille d'analyse afin de fixer les priorités. Nous nous basons sur trois critères principaux pour déterminer à qui revient les aides : le degré d'urgence, notamment en cas de mise aux normes en termes de sécurité ou de salubrité, l'existence d'objectifs de développement sportif et le caractère structurant du projet  », précise la ministre. Des aides qui permettent de donner un coup de pouce aux clubs à la recher che d'un nouveau terrain par exemple, mais aussi directement aux communes.

L'AIDE RÉGIONALE POUR LES NULS

Les infrastructures sportives sont aujourd'hui soutenues par le pouvoir régional qui sélectionne, tous les trimestres, une série de projets. Les aides pour la deuxième période de l'année 2018 ont ainsi été récemment dévoilées. Un peu plus de 12 millions d'euros seront alloués pour une cinquantaine de projets, repartis dans les cinq provinces wallonnes. Les subsides sont pour le moins variés, aussi bien en matière de montants que d'objectifs poursuivis. Cette deuxième enveloppe annuelle permettra, par exemple, de rénover un centre sportif pour plus d'un million d'euros mais profitera aussi à un petit club de foot namurois qui bénéficiera, lui, de 3.000 euros pour l'achat d'un nouveau tracteur tondeuse. A Bruxelles, le soutien aux infrastructures sportives est désormais à la charge de la Commission communautaire française (Cocof). Côté flamand, c'est l'organisme Sport Vlaanderen qui est responsable du portefeuille sportif.

 

Tribune

LE FUTUR CENTRE POUR SPORTIFS
de haut niveau de Louvain-La-Neuve: un investissement impressionnant, et une ouverture prévue pour mars.

© PG/UCL

 

 

 

 

« FAIRE APPEL AUX SUBSIDES EST LE SEUL MOYEN DONT DISPOSE AUJOURD'HUI UNE COMMUNE POUR METTRE EN PLACE UNE POLITIQUE SPORTIVE.  »

« Se battre pour arriver à ses fins  »

Parmi les bénéficiaires, on compte notamment Chapelle- Lez-Herlaimont, en province du Hainaut. Avec un peu moins de 15.000 habitants, l'entité a pris l'habitude de déposer des projets pour développer le sport sur son territoire. « En réalité, faire appel aux subsides est le seul moyen aujourd'hui dont dispose une commune pour mettre en place une politique sportive  », explique Mourad Sahli, l'échevin des Sports. Dernier projet en date : la rénovation de la piscine, dont la réouverture est prévue dans les mois à venir. « C'est un chantier qui était indispensable. Avant les travaux, on perdait chaque jour dix centimètres d'eau dans le bassin principal. Ce n'était plus tenable, il fallait intervenir  », justifie le responsable. Le chantier a d'abord été estimé à 1,9 million avant d'être revu à la hausse. Finalement, les travaux s'élèveront à un peu moins de 2,3 millions d'euros, pris en charge pour les trois quarts par la Région. « C'est une somme effectivement très importante pour une commune comme la nôtre. Mais il n'y a pas de raisons que les habitants de Namur ou Charleroi bénéficient d'un meilleur accès au sport simplement parce qu'ils sont plus nombreux. Nous sommes en plus l'une des dernières piscines des environs  », explique l'échevin. Mais pour obtenir ce soutien, les démarches furent loin d'être simples. « Disons qu'il faut ne rien lâcher  », sourit le responsable. « Mais j'ai la chance de travailler justement à la Région. J'en sais donc déjà probablement plus que certains autres échevins des Sports sur les démarches à remplir. Lorsque je fais une demande de subside, le projet envoyé est parfaitement ficelé. On gagne donc de précieux mois. Mais cela n'empêche qu'il faut vraiment se battre pour arriver à ses fins  », explique-t-il.

Hockey

© BELGAIMAGE

SPORT NATIONAL MAIS ORGANISATION COMMUNAUTAIRE

Afin de profiter de subsides, les fédérations sportives sont désormais pour la plupart scindées. Celle de hockey est l'une des dernières à avoir passé le cap. Une refonte qui aura nécessité quelques modifications dans l'organisation.

Si elles ont souvent une activité sur tout le pays, rares aujourd'hui sont les fédérations de sport à ne pas avoir choisi une formule communautarisée. L'une des derniè res à avoir revu son organisation fédérale est celle de hockey. Avec aujourd'hui près de 50.000 membres et une croissance du nombre d'affiliés tournant autour des 10 % depuis une décennie, la fédération de hockey a décidé en 2012 de se res tructurer. Désormais, en plus de l'Association royale belge de hockey (ARBH) qui chapeaute l'organisation et gère les équipes nationales, une ligue francophone et son pendant flamand se chargent de la gestion quotidienne. Une refonte qui avait comme objectif, avant tout, de permettre à cette discipline de poursuivre sa bonne évolution. « Nous étions arrivés à un stade de développement où une structure uniquement nationale ne nous permettait pas de profiter de suffisamment de subsides pour répondre à nos besoins, explique Dominique Coulon, secrétaire de la Ligue francophone de hockey (LFH). La communautariser nous a permis d'obtenir des subventions de l'Adeps et de Sport Vlaanderen. Ceci étant, dans les faits, l'organisation n'a pas beaucoup changé. » Les trois fédérations se situent d'ailleurs toujours dans les mêmes bâtiments, à Bruxelles, et certains départements comme les ressources humaines ou la communication sont restés communs. Les subsides sont, eux, utilisés de manière aussi équitable que possible. « Chacune des ligues dispose de moyens pour son fonctionnement personnel mais, en réalité, on pourrait dire que ces deux fédérations supplémentaires sont juste des boîtes aux lettres qui nous permettent d'obtenir des soutiens, explique Serge Pilet, le secrétaire général de l'ARBH. Nous recevons également une enveloppe pour le top sport qui sert au développement de nos équipes nationales et au soutien des jeunes hockeyeurs prometteurs, et qui est redirigée vers l'ARBH. Pour cet aspect, il était hors de question de faire des différences en fonction de l'origine du joueur. Nous ne faisons pas de distinction. ».

La scission des fédérations a également eu quelques avantages pratiques, comme la fin des déplacements à rallonge pour les équipes n'évoluant pas au plus haut niveau. « Nous avons toutefois dû prévoir quelques ajustements, notamment pour les équipes proches de la frontière linguistique, comme Tournai, dont les joueurs préfèrent souvent affronter des équipes comme Courtrai plutôt que Liège ou Arlon », sourit Dominique Coulon. L'intérêt toujours aussi important pour le hockey amène déjà son nouveau lot de défis. « Le prochain sera la construction d'un stade national. De tous les pays concurrents, nous sommes le dernier à ne pas encore disposer d'une enceinte spécialement dédiée à ce sport. Nous aimerions une infrastructure pouvant accueillir environ 10.000 spectateurs », explique le secrétaire général de l'ARBH. En espérant pour la fédération une saga moins longue que celle du stade national de football...

 

Centralisation en vue ?

Outre l'aide régionale, l'échevin n'hésite pas à chercher des soutiens partout où il le peut. « C'est à chaque fois différent, avec parfois des contraintes spécifiques. Il y a sans doute un problème d'incohérence entre les pouvoirs. Un seul ministre pour les aides de la Région et de la FWB faciliterait déjà probablement les choses  », lance l'échevin, qui n'est pas le seul à s'étonner de cette complexité. Le débat suscite même depuis quelques semaines des interrogations au sein du politique. Fin juin, Rachid Madrane, le ministre des Sports pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, plaidait pour une centralisation du pouvoir sur les antennes de la RTBF. « Il faut une communautarisation du sport. Faire comme les Flamands : un seul ministre du Sport pour l'ensemble des francophones, bruxellois et wallons, de notre pays. J'aurais à ce momentlà la compétence et les moyens pour construire les infrastructures en fonction des stratégies et des besoins des fédérations. Je suis sûr que cela marcherait !  ».

Une idée, qui sur le fond, semble convaincre Valérie De Bue. Mais la ministre régionale se verrait plutôt reprendre elle-même le portefeuille complet de compétences. « Ce double pouvoir n'est effectivement pas très lisible et visible, expliquet- elle. Trouver des synergies entre les différents acteurs semble donc une bonne idée. Mais je pense que cette démarche devrait plutôt se faire en direction de la Région et non l'inverse  ». Le sport étant probablement un domaine touchant de façon identique l'ensemble de la Belgique, une vision fédérale de la question ne serait-elle finalement pas la meilleure option ? « Une re-fédéralisation ne semble pas très réaliste. La dernière réforme de l'Etat est la preuve qu'on est plutôt dans la démarche inverse, vers toujours plus de régionalisation. Mais il est certain qu'il n'est pas nécessaire d'amener encore un niveau hiérarchique supplémentaire  », explique la ministre. Sur ce point au moins, tout le monde semble d'accord.

« UN SEUL MINISTRE POUR LES AIDES DE LA RéGION ET DE LA FWB FACILITERAIT DéJà PROBABLEMENT LES CHOSES. »

ALEXANDRA TONDEUR, TRIATHLÈTE SUBSIDIÉE

Si cette jeune Brabançonne vit aujourd'hui de sa passion, c'est essentiellement grâce au soutien de l'Adeps. Une aide primordiale mais qui se mérite.

Chaque année, ils sont une cinquantaine de sportifs à bénéficier du soutien de l'Adeps afin de pratiquer leur discipline favorite au plus haut niveau. Une aide indispensable pour ces athlètes souvent en manque de moyens. Depuis 2015, Alexandra Tondeur fait partie des sportifs soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette Brabançonne de 31 ans est triathlète. Si elle est aujourd'hui l'une des meilleures dans sa spécialité en Belgique, il serait probablement impossible pour elle de vivre sans un soutien public. « Surtout entre novembre et avril, période qui correspond à la mauvaise saison en termes de compétitions. J'ai également d'autres revenus via quelques sponsors, et des primes en cas de résultats, mais environ 85 % de mes moyens viennent de ce soutien de l'Adeps », assure sans détour la sportive, spécialisée dans les longues distances dont les fameux Iron Man. Alexandra dispose aujourd'hui d'un contrat APE auprès de l'Adeps. Un statut qui lui permet de se consacrer à 100 % à son sport mais certainement pas de vivre dans le luxe. « J'habite toujours chez mes parents, et je n'ai qu'une petite voiture. Je n'ai pas un train de vie incroyable mais c'est un choix, et je ne le regrette pas. » Son contrat est remis en question périodiquement. « Je dois passer une évaluation chaque année.

On y vérifie que les objectifs fixés ont été atteints et si on peut poursuivre la collaboration », explique la sportive. Pour 2018, Alexandra devra se classer dans le top 3 européen et dans les huit premières lors du championnat du monde.

« C'est un objectif très élevé. Mais en cas d'échec, on pourra toujours analyser ce qui n'a pas fonctionné et éventuellement justifier un non-résultat. Mais c'est normal d'avoir des attentes, le principe reste de soutenir le haut niveau », expli - que encore l'athlète qui se considère d'ailleurs comme privilégiée. « Ce soutien est très appréciable. Il suffit de voir ce qui se fait chez nos voisins.

La plupart des autres fédérations proposent un soutien uniquement aux sportifs actifs dans l'armée.

C'est donc une chance, même si c'est forcément parfois un peu frustrant de devoir dépendre d'un soutien public. Nous sommes parmi les meilleurs dans notre discipline mais un footballeur professionnel gagnera en deux jours ce qu'on obtiendra en une année ».

Alexandra Tondeur

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