DOSSIER

PARTICIPATION CITOYENNE ET CO-CRÉATION

Pas de politique moderne sans large soutien citoyen

Contrairement aux décisions unilatérales partant du sommet, les décisions prises en commun avec le concours d’une base plus large de parties prenantes ont plus de chance d’être concrétisées. Dans une société où les médias sociaux occupent une place toujours plus importante, faire participer les citoyens aux décisions est devenu presque incontournable. MICHAËL VANDAMME

Il existe des mots que l’on entend fréquemment, mais qui font bien trop souvent l’objet d’une utilisation dévoyée ou à tout le moins erronée. « Participation citoyenne », voire « démocratie citoyenne », « co-création », « forum citoyen » en sont quelques-uns, et l’on pourrait allonger la liste à l’envi. Gare, cependant, à ne pas pousser trop loin la banalisation de ces concepts au point de jeter le bébé avec l’eau du bain.

« Notre société a fortement évolué en un rien de temps, fait remarquer Elke Jeurissen, associée chez Glassroots, une entreprise qu’elle a fondée avec Cato Leonard et qu’elles dirigent à deux. Les gens s’expriment davantage aujourd’hui. Les réseaux sociaux sont entrés dans nos vies. Toutes des évolutions que les autorités, au sens large du terme, ne peuvent ignorer. »

L’entreprise existe depuis maintenant cinq ans et fournit un service que l’on ne saurait résumer en trois mots. « Cato Léonard était directrice de campagne et cofondatrice du G1000, et j’ai moimême de l’expérience dans les domaines de la communication et des relations publiques, explique Elke Jeurissen. Je me suis de plus en plus souvent retrouvée face à des situations impossibles à gérer en tant qu’entité esseulée. Certaines initiatives abordées d’ordinaire à partir du prisme de l’entreprise ou de la commune échouent en raison d’un manque d’attention accordée à la création de partenariats, pourtant indispensables. S’il fallait résumer brièvement nos services, je dirais que nous servons de relais entre nos clients et les différentes parties prenantes pour créer des collaborations, en ne perdant pas de vue la pertinence. Et cette pertinence, vous l’obtenez justement en créant une assise suffisamment large avec le concours de toutes les parties prenantes. »

Exposition au grand jour

Grâce à cette approche, Glassroots soutient non seulement des entreprises, mais aussi plus largement le secteur public. « Aucun de ces acteurs ne peut fermer les yeux sur l’évolution que connaît notre société, affirme Elke Jeurissen. En seulement quelques années, depuis l’avènement des réseaux sociaux, tout le monde s’est vu doté d’un porte-voix. Et donc, qu’elles le veuillent ou non, les entreprises et les organisations sont aujourd’hui exposées au grand jour. La situation est d’ailleurs paradoxale. Les décisions doivent désormais récolter le plus grand soutien possible, mais en même temps notre société est encore constituée de nombreux silos  : milieu académique, entreprises, ONG, monde politique. La liste est longue. Il y a encore trop de cloisons. Sans compter que les vieilles recettes ont la vie dure. Tout cela fait que l’innovation ne vient jamais de l’intérieur, mais plutôt de l’extérieur, en impliquant des parties prenantes externes et en confrontant les différents points de vue. »

CERTAINES INITIATIVES ABORDÉES D’ORDINAIRE À PARTIR DU PRISME DE L’ENTREPRISE OU DE LA COMMUNE ÉCHOUENT PAR MANQUE D’ATTENTION ACCORDÉE À LA CRÉATION DE PARTENARIATS.

Elke Jeurissen

ELKE JEURISSEN ASSOCIÉE CHEZ GLASSROOTS « Nous servons de relais entre nos clients et les différentes parties prenantes pour créer des collaborations, en ne perdant pas de vue la pertinence. » © PG/ELS VERBAKEL

RÈGLES D’OR

  1. Déterminez clairement les raisons pour lesquelles vous souhaitez impliquer les parties prenantes, entreprises et citoyens. Quelle est la problématique  ? Comment mesurer la réussite  ? Avant de commencer, veillez en interne à être tous sur la même longueur d’onde.
  2. Dans la mesure du possible, permettez aux parties prenantes de décider des sujets à aborder. Leur implication s’en trouvera renforcée.
  3. Faites preuve de transparence à l’égard du processus. Quel est votre objectif et qu’allez-vous faire de la contribution des parties prenantes  ? Précisez les choses dès le départ. Eventuellement à l’aide d’une charte de participation. Communiquez également les résultats.
  4. Dépassez les clivages. Prévoyez d’abord un peu d’espace pour permettre aux tensions de s’apaiser. Précisez les intérêts de chacun. Efforcez-vous de les concilier pour parvenir à un objectif commun qui profitera à tout le monde.
  5. Veillez à un maximum de diversité autour de la table. Dans ce but, faites appel à la société civile et aux organisations associatives locales. Confrontez les points de vue divergents, notamment à l’aide de jeux de rôle. C’est seulement de la sorte que vous parviendrez à dégager une nouvelle vision et à obtenir un consensus.
Connect2Antwerp

TRAVAILLER À L’IMAGE DE LA VILLE

Il y a quelque temps, Anvers aussi a fait le pari d’un projet de participation citoyenne. L’administration de la ville est partie du principe que sa mission ne consiste pas uniquement à s’adresser à ses citoyens, mais également à atteindre d’autres groupes cibles. « Nous souhaitons atteindre les habitants de la ville bien sûr, mais aussi les cerveaux, les visiteurs et les entreprises, explique Judith Van Oost, responsable marketing de la ville d’Anvers. C’est dans cette optique que nous avons élaboré notre stratégie marketing et mis sur pied le projet Connect2Antwerp. Nous nous sommes abondamment entretenus avec toutes les parties prenantes. Grâce à un appel d’offres, nous avons trouvé un partenaire privé avec lequel nous nous sommes engagés. Il s’avérait crucial pour notre projet de disposer d’un réseau, car rassembler par exemple les habitants, des industriels et le recteur de l’université au sein d’un seul atelier est loin d’être une mince affaire. Partant de là, nous avons proposé quatre thèmes  : ville branchée, ville créative, métropole à taille humaine et ville de la connaissance novatrice. Chacun de ces thèmes constituait un bon angle d’attaque susceptible de parler aux différentes parties prenantes. Notre ville jouit d’un énorme potentiel qui n’est pas assez, voire pas du tout, exploité. Trop peu de gens savent par exemple qu’Anvers est une ville estudiantine. Et songez aux possibilités que nous avons à offrir pour l’organisation de congrès. L’enjeu va même au-delà de la tenue du simple congrès, puisque les hôtels de la région pourront en profiter en logeant les participants. Anvers a également la possibilité d’attirer du monde grâce à son offre culturelle étendue et surprenante. Dans ce domaine aussi, nous avons noué énormément de contacts bilatéraux, pour notre plus grand bonheur. Des rencontres impossibles dans d’autres circonstances ont ainsi lieu. Une expérience enrichissante la plupart du temps. »

 

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ANVERS Il y a quelque temps, la ville a fait le pari d’un projet de participation citoyenne.

Zaventem

SOUTIEN CITOYEN AU COLLÈGE DES ÉCHEVINS

L’idée selon laquelle la commune de Zaventem avait besoin d’une nouvelle forme de participation citoyenne est apparue à l’approche des dernières élections communales. « Grâce à JONGCD&V, nous avons d’abord convaincu les membres de notre parti et ensuite nos partenaires de la coali - tion, explique l’échevin Bart Dewandeleer. Dans l’accord de majorité, nous parlons de ‘démocratie participative’ et de ‘travail de quartier’. La compétence de travail de quartier m’a d’ailleurs été dévolue. Dès le départ, l’objectif était que le projet débouche sur des accords de quartier concrets. Nous avons adopté pour ce faire une approche structurelle, sans laquelle rien ne serait possible. Nous avons sélectionné cinq thèmes autour desquels nous avons organisé des tables de discussion. Toujours en suivant le même schéma. Jugeant qu’il était essentiel d’organiser des comités restreints, nous n’avons jamais rassemblé plus de 10 habi - tants autour de la table. En plus grands comités, vous obtenez généralement l’effet inverse de ce que doit être une véritable participation. La plupart des gens sont agacés, mais c’est uniquement une poignée d’individus osant s’exprimer qui monopo - lise totalement la parole. Nous étions présents en qua - lité d’échevins, mais sans nous mêler aux discussions. On remplissait les verres à table (rire). Comme les cinq thèmes au coeur de notre ini - tiative – espace pour le sport et les jeux, le centre culturel encore en construction à l’époque, la propreté de l’espace public, la politi - que sociale et la sécurité – ne correspondaient pas à la répartition des travaux au sein du collège, nous avons été contraints de fonctionner en équipe. Illustrons par un fait précis où tout cela nous a menés. Nous avions un parc traversé par une rue, qui le divisait en deux parties séparées. Trois options s’offraient à nous  : laisser les choses en l’état, supprimer la route ou la modifier en la rétrécis - sant et en plaçant des poteaux des deux côtés. Choisir de supprimer la route n’est pas vraiment la pre - mière décision que prendrait un collège des échevins. Nous rechignons générale - ment à prendre des décisions trop invasives de cet acabit. Pourtant, c’était l’option privilégiée par à peu près 80  % des habitants impliqués. C’est donc ce que nous avons fait. Cet exemple démontre parfaitement ce que nous avions voulu atteindre en créant ce projet. Il est important pour le collège d’avoir une vue précise sur le soutien dont il dispose. La seule façon d’y parvenir est de prendre la population au sérieux. La participation citoyenne ne peut pas être un simple leurre. Faire les choses simplement pour la forme ne rime à rien. »

 

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ZAVENTEM Il était important pour le collège d’avoir une vue précise sur le soutien dont il pouvait disposer. © BELGA IMAGE

Confrontation enrichissante

« Cela n’arrive pas souvent, et heureusement, mais parfois nous sommes contraints de refuser un projet, commente Elke Jeurissen. Souvent parce que les critères préalables permettant une participation ne sont pas remplis. Faire les choses pour la forme sans réelle concrétisation ne peut qu’entraîner un retour de flamme. Les gens ne vont s’engager que si l’on tient véritablement compte de leur avis. Il y a une grande différence entre les impliquer réellement, et leur donner seulement l’impression d’avoir voix au chapitre. Permettre une participation totale s’accompagne souvent d’une angoisse, souvent injustifiée. C’est seulement par la confrontation et la concertation de différents points de vue que vous obtiendrez une vision ou des solutions nouvelles et enrichissantes. Nous disposons dans notre arsenal de plusieurs techniques efficaces pour y parvenir. Faire le choix d’impliquer toutes les parties prenantes dès le départ vous permettra d’éviter une confrontation ultérieure. Si ce n’est pas du gagnant-gagnant, ça  ! (rire)  »

Flanders Investment & Trade

UNIR LES FORCES POUR UNE ÉCONOMIE FLAMANDE PLUS FORTE

« Lorsque le gouvernement flamand a pris ses fonctions, Geert Bourgeois, notre ministre de tutelle, nous a confié la mission de développer une stratégie d’internationalisation de l’économie flamande, explique Caroline Ampe, responsable stratégie et qualité chez Flanders Investment & Trade (FIT, l’Agence flamande pour l’entrepreneuriat international).

La réalité, c’est qu’une foule d’acteurs sont actifs sur le terrain. Nous-mêmes, bien sûr, mais aussi d’autres organisations publiques et de la société civile, des clusters, etc.

La première question que nous nous sommes posée est celle de la méthodologie. Notre choix s’est résolument porté sur la co-création. Si vous voulez voir les gens s’engager, vous devez réellement les impliquer dans l’élaboration de votre stratégie.

Nous avons ainsi rassemblé 150 entreprises et prestataires de services au total. Ensemble, nous avons sélectionné cinq domaines  : life sciences & health, food, smart logistics, solution driven engineering & technology, sustainable resources, materials & chemistry.

Nous avons déterminé des actions pour chacun des domaines à l’aune de deux critères.

Tout d’abord, est-ce faisable  ? Car nous ne voulions pas nous engager dans des aventures hasardeuses. Et ensuite, où peut-on trouver assez d’engagement et d’enthousiasme pour parvenir à une réelle concrétisation  ? Une fois cela achevé, nous avons à nouveau soumis nos pro positions au niveau politique, ce qui nous a menés à la phase de mise en oeuvre dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. FIT est en effet en train de conclure des partenariats avec des organisations de la société civile et des clusters, avant de retourner vers les entreprises à l’automne. »